Ohne Frauen keine Revolution.

Lectrices, lecteurs : I am back ! The Potager fait son grand retour après plusieurs mois d’absence. Je vous rassure, je n’ai pas chômé : j’en ai profité pour donner un coup de pouce à la (merveilleuse) association du CADR67 qui milite pour la promotion du vélo dans le département du Bas-Rhin. Après avoir redonné un coup de jeune à leur site internet, j’ai rédigé quelques articles de derrière les fagots pour mettre en avant les actions du CADR ainsi que des portraits de cyclistes. N’hésitez pas à liker, partager, embrasser, aduler et tutti quanti.

Me voici donc de retour sur The Potager, avec des idées d’articles plein la tête ! Histoire de redémarrer en beauté, je me suis dit qu’un retour aux fondamentaux ne ferait de mal à personne. Aujourd’hui, nous allons donc parler Schlager.

Issu du verbe allemand schlagen qui signifie « frapper, taper », le Schlager est apparu en Europe au début du XXème siècle. Les Anglais l’appellent le hit ; les Français le tube ou la variété ; mais c’est en allemand que le terme prend tout son sens, faisant référence à la cadence effrénée des coups frappés sur la batterie qui rythment ce style de musique si particulier, très prisé en Alsace-Moselle et de l’autre côté du Rhin. Pour en savoir plus, je vous invite à relire un de mes premiers articles dans lequel j’avais fait un rapide tour de la question : Mein Herz schlägt Schlager ou le secret de la réussite allemande.

Facteurs incontestables du succès économique de l’Allemagne (cf. article ci-dessus), les Schlager sont également des vecteurs de messages politiques forts, à l’instar de la lutte pour les droits des femmes. Vous pensiez que Simone de Beauvoir était branchée neuvième symphonie de Beethoven ? Que nenni ! Elle écoutait en boucle Trude Herr, Gitte Haenning, Juliane Werding et Ina Deter.

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Aujourd’hui, nous allons donc parler : confiseries, farwest, sexualité émancipée, jeux de cartes, paternalisme et street-art. Tout cela, dans la langue de Goethe, avec traductions maisons pour les non-germanophones, parce que vous le valez bien.

Car, qu’on se le dise : Ohne Frauen keine Revolution… und auch keine schöne Musik ! [Sans les femmes, pas de révolution… et pas de belle musique !] Auf geht’s ! [C’est parti !]

1. Ich will keine Schokolade

Commençons notre série musicale au milieu des années 60, avec une chanson incroyable et un clip tout aussi improbable : Trude Herr – pieds nus, déhanché frénétique et voix rocailleuse à la Louis Armstrong – explique en avoir raz-la-choucroutière des bonbons et du chocolat. Elle, ce qu’elle veut, c’est un homme !

Trude l’intrépide s’oppose ainsi au carcan familial – Papa, Maman et toute la smala – qui souhaite ne pas voir leur Trudeschen grandir et la gave (dans tous les sens du terme) à renfort de sucreries et de pâte d’amande. La chanteuse revendique le droit d’être traitée comme une femme et non plus comme une enfant. A la veille de mai 68, voici un Schlager résolument moderne, tendance révolutionnaire.

Ich will keine Schokolade
Trude Herr (1965)

Ich lebe unerhört solide, 
und habe nie ein Rendezvous.
Ich gehe höchstens mit den Eltern
ein Stück spazieren ab und zu.
[J’ai une vie terriblement bien rangée
et n’ai jamais de rendez-vous.
Au mieux, je fais de temps à autre
un bout de balade avec les parents.]

Mein Vater sagt, so muß das bleiben,
und dafür schenkt er mir Konfekt.
Doch neulich platzte mir der Kragen,
weil mir Konfekt nun mal nicht schmeckt!
[Mon père me dit, les choses doivent rester ainsi,
et, pour cela, il m’offre des confiseries.
Mais récemment, j’ai perdu mon sang-froid
parce que les confiseries, je n’aime pas ça !]

Ich will keine Schokolade,
ich will lieber einen Mann,
ich will einen, der mich küssen
und um den Finger wickeln kann!
[Je ne veux pas de chocolat,
je préfère un homme,
j’en veux un qui puisse m’embrasser
et me mener par le bout du nez !]

Ich hatte neulich grad Geburtstag,
und diesen Tag vergess’ ich nie,
denn alle Tanten und Verwandten
die waren mit von der Partie.
[L’autre jour, c’était mon anniversaire ,
et ce jour, je ne l’oublierai jamais,
car toutes les tantes et la smala,
ils étaient de la fête.]

Sie brachten Rosen und Narzissen
und Schokolade zentnerschwer,
da hat’s mich plötzlich fortgerissen,
ich schrie: « Ich will das Zeug nicht mehr! »
[Ils ont ramené des roses et des narcisses,
et des tonnes de chocolat,
ça m’a soudain mise hors de moi,
j’ai crié : « Ce truc, je n’en veux plus ! »]

Ich will keine Schokolade,
ich will lieber einen Mann,
ich will einen, der mich küssen
und um den Finger wickeln kann.
[Je ne veux pas de chocolat,
je préfère un homme,
j’en veux un qui puisse m’embrasser
et me mener par le bout du nez !]

Ich kaufte Sonntag auf dem Rummel
für 20 Pfenning mir ein Los,
ich hab auch wirklich was gewonnen,
doch die Enttäuschung die war groß.
[Je me suis acheté dimanche à la foire
un ticket de loterie pour 20 centimes,
j’ai vraiment gagné quelque chose,
mais la déception a été de taille.]

Denn ich gewann dort einen Teddy
aus Schokolad’ und Marzipan.
Den schmiss’ ich wütend in die Menge
und schrie den Losverkäufer an:
[Car j’ai gagné un ourson
en chocolat et pâte d’amandes.
De colère, je l’ai jeté dans la foule
et j’ai crié au vendeur de billets :]

Hub dub du dab dei
ich will lieber einen Mann,
ich will einen, der mich küssen
und um den Finger wickeln kann.
[Hub dub du dab dei
Je préfère un homme
J’en veux un qui puisse m’embrasser
et me mener par le bout du nez !]

Ich will einen, der mich küssen
und um den Finger wickeln kann.
[J’en veux un qui puisse m’embrasser
et me mener par le bout du nez !]

2. Ich will ein Cowboy als Mann

Un homme oui, mais pas n’importe lequel ! Voici ce que clame Gitte Haenning au fil de son tube Ich will ein Cowboy als Mann, littéralement : « Je veux que mon homme soit un cowboy ».

On y retrouve la thématique forte du conflit générationnel, entre la mère qui voudrait que sa fille épouse un cheminot (pour la pension) et le père qui voit déjà sa petite chérie dans les bras d’un producteur de cinéma (parce qu’il prête à sa fille des airs de Sofia Loren). Sauf que voilà, Gitte ne rêve ni d’une vie bien rangée, ni du bling-bling d’Hollywood : ce qu’elle veut, c’est un cowboy, car elle sait (de sources sûres) que les cowboys embrassent merveilleusement bien !

Nous sommes au début des années 60 et, dans la même veine que sa consœur Trude, Gitte s’affirme et chante haut et fort ce qu’elle veut – et non pas ce que les autres voudraient pour elle. On note une difficulté récurrente des proches, tout particulièrement des parents, à entendre les revendications, pourtant claires et explicites, de leurs enfants. Mai 68 approche…

Ich will einen Cowboy als Mann
Gitte Haenning (1963)

Ich will ‘nen Cowboy als Mann,
ich will ‘nen Cowboy als Mann.
Dabei kommts mir gar nicht auf das Schiessen an,
denn ich weiss, dass so ein Cowboy küssen kann.
Ich will ‘nen Cowboy als Mann !
[Je veux que mon homme soit un cowboy,
Je veux que mon homme soit un cowboy.
Cela m’importe peu qu’il soit un bon tireur,
Car je sais qu’un cowboy sait embrasser !
Je veux que mon homme soit un cowboy !]

Mama sagt: « Nun wird es Zeit,
du brauchst nen Mann, und zwar noch heut’!
Nimm gleich den von nebenan,
denn der ist bei der Bundesbahn! »
Da rief ich : « No no no no no,
mit dem würd’ ich des Lebens nicht mehr froh! »
[Maman dit : « Maintenant, il est temps,
Tu as besoin d’un homme, aujourd’hui même !
Prends donc celui d’à côté,
car il travaille à la Bundesbahn (ndj* : équivalent allemand de la SNCF) !]

Aber warum denn nicht Kind,
da hast du doch deine Sicherheit,
denk doch mal an die schöne Pension von der Bundesbahn,
was willst du eigentlich? »
[Mais pourquoi donc mon enfant ?
Comme ça, tu serais en sécurité,
Pense donc à la belle pension de la Bundesbahn !
Qu’est-ce que tu veux à la fin ?]

Ich will ‘nen Cowboy als Mann,
ich will ‘nen Cowboy als Mann.
Dabei kommts mir gar nicht auf das Schiessen an,
denn ich weiss, dass so ein Cowboy küssen kann.
Ich will ‘nen Cowboy als Mann!
[Je veux que mon homme soit un cowboy,
Je veux que mon homme soit un cowboy.
Cela m’importe peu qu’il soit un bon tireur,
Car je sais qu’un cowboy sait embrasser !
Je veux que mon homme soit un cowboy !]

Papa meint’, ich wär sehr schön,
ich hätt’ die Figur, von der Loren.
Produzent vom Film kommt an,
der würde dann mein Ehemann,
da rief ich : No no no no no,
mit dem würd’ ich des Lebens nicht mehr froh!
[Papa pense que je suis très belle,
J’aurais la tête de la Loren (ndj : Sofia Loren, célèbre actrice italienne).
Que vienne un producteur de film,
Il deviendrait alors mon mari.
Là j’ai crié : No no no no no,
Avec lui, je ne serais plus heureuse !]

« Also, ich versteh das nicht,
warum nimmst’ denn nich den Filmfritzen?
Sollst es doch mal besser haben als dein Vater,
was willst du eigentlich? »
[Alors là, je ne comprends pas,
Pourquoi ne prends-tu pas le réalisateur ?
Ce serait quand même mieux de l’avoir lui que d’avoir ton père !
Qu’est-ce que tu veux à la fin ?]

Ich will ‘nen Cowboy als Mann,
ich will ‘nen Cowboy als Mann.
Dabei kommts mir gar nicht auf das Schiessen an,
denn ich weiss, dass so ein Cowboy küssen kann.
Ich will ‘nen Cowboy als Mann !
[Je veux que mon homme soit un cowboy,
Je veux que mon homme soit un cowboy.
Cela m’importe peu qu’il soit un bon tireur,
Car je sais qu’un cowboy sait embrasser !
Je veux que mon homme soit un cowboy !]

3. Wenn du denkst du denkst, dann denkst du nur du denkst

Quelques années plus tard, la technicolor a envahi les écrans et c’est tant mieux : cela aurait été dommage de rater le combo blazer rouge et cravate à pois du présentateur qui annonce l’arrivée de la belle Juliane Werding. Celle-ci nous offre un titre audacieux, avec une assonance en « denk », dont nos amis allemands ont le secret : Wenn du denkst du denkst, dann denkst du nur du denkst [Quand tu penses que tu penses, alors tu penses seulement que tu penses].

Je vous laisse méditer sur le sens de cette maxime, digne de Jean-Claude Van Damme, pour m’attarder sur la dimension féministe de la chanson. Juliane s’aventure dans l’univers clos et hermétique d’un bar, lieu exclusivement masculin, où flottent les vapeurs de cigare et où les femmes n’ont pas leur place. Silence, ricanements, moqueries. Cette petite, on va se la faire ! Sauf que Juliane a plus d’un tour dans son sac et une sacrée expérience du skat (jeu de carte très prisé en Allemagne). Ni une, ni deux, la belle blonde met les piliers de bar KO et repart la tête haute. Alors rie seulement de moi, car à la fin, c’est moi qui rie de toi.

Une chanson façon girl power, comme on les aime.

Wenn du denkst du denkst, dann denkst du nur du denkst
Juliane Werding (1975)

Der Tag war zu Ende
Und ich war zufrieden mit mir
Da ging ich, weil ich nicht schlafen konnte
Noch aus auf ein Glas Bier
Dorthin, wo die Männer an Theken und an Tischen
Sich den Schaum von den Lippen wischen
Und ich hörte sie schon von draußen schreien
So trat ich ein
[La journée était finie
Et j’étais contente de moi
Alors, comme je ne pouvais pas dormir,
Je suis encore sortie prendre une bière,
Là où les hommes, aux bars et aux tables,
Essuient la mousse de leurs lèvres
Et je les entendais déjà crier du dehors
Alors je suis entrée.]

Augenblicklich war es still
Nur drei Männer am Tisch, die spielten Skat
Und einer, der stand mit seinem Glas am Spielautomat
Und dann rief irgendeiner: « Der Abend ist gelaufen
Diese Kleine, die werden wir uns kaufen!
Hey, hey, zeig, was du kannst! »
Und so begann’s
[En un instant, tout était calme
Seulement trois hommes à une table, ils jouaient au skat
Et l’un deux, il était debout avec son verre à la machine à sous
Et alors l’un d’entre eux a crié : « La soirée est finie
Cette petite, on va se la payer
Hey, hey ! Montre ce que tu peux ! »
Et c’est comme ça que ça a commencé.]

Wenn du denkst, du denkst, dann denkst du nur, du denkst
Ein Mädchen kann das nicht
Schau mir in die Augen
Und dann schau in mein Gesicht
Wenn du denkst, du denkst, dann denkst du nur, du denkst
Du hast ein leichtes Spiel
Doch ich weiß, was ich will
Drum lach nur über mich
Denn am Ende lache ich über dich
[Quand tu penses que tu penses, alors tu penses seulement que tu penses
Une fille ne peut pas faire ça
Regarde moi dans les yeux
Et ensuite regarde mon visage
Quand tu penses que tu penses, alors tu penses seulement que tu penses
Tu as beau jeau
Mais je sais ce que je veux
Alors rie seulement de moi
Car à la fin, c’est moi qui rie de toi.]

Mit mir können sie’s machen
Das hatten sie sich so gedacht
Und ich spielte und trank mit ihnen um die Wette
Die ganze Nacht
18, 20, 2, 0, 4, und ich passe
Contra, Re, und dann zur Kasse
Sie wurden ganz blass, denn ich gewann das Spiel
Das war zu viel
[Avec moi, ils peuvent le faire
Voilà ce qu’ils s’étaient imaginé
Et je jouais et buvais avec eux à qui mieux mieux
Toute la nuit
18, 20, 2, 0, 4, et je passe
Contra, Re, et puis à la caisse
Ils sont devenus tous pâles, car j’avais gagné le jeu
C’en était trop.]

Der Wirt hatte längst schon die Stühle hochgestellt
Und schlief
Da saßen sie noch immer im Qualm der Zigaretten
Wie auf ‘nem sinkenden Schiff
Und ich sah die Männer, die an Theken und an Tischen
Sich den Schaum von den Lippen wischen
Der eine fiel vom Stuhl, der andere schlief ein
Und ich ging heim
[L’aubergiste avait déjà mis les chaises sur les tables depuis longemps
Et dormait
Ils étaient encore assis là, dans la fumée épaisse des cigaretes,
Comme sur un bateau en train de couler
Et j’ai vu les hommes, qui, aux bars et aux tables,
Essuient la mousse de leurs lèvres,
L’un est tombé de sa chaise, l’autre s’est endormi
Et je suis rentrée à la maison.]

Wenn du denkst, du denkst, dann denkst du nur, du denkst
Ein Mädchen kann das nicht
Schau mir in die Augen
Und dann schau in mein Gesicht
Wenn du denkst, du denkst, dann denkst du nur, du denkst
Du hast ein leichtes Spiel
Doch ich weiß, was ich will
Drum lach nur über mich
Denn am Ende lache ich
[Quand tu penses que tu penses, alors tu penses seulement que tu penses
Une fille ne peut pas faire ça
Regarde moi dans les yeux
Et ensuite regarde mon visage
Quand tu penses que tu penses, alors tu penses seulement que tu penses
Tu as beau jeau
Mais je sais ce que je veux
Alors rie seulement de moi
Car à la fin, c’est moi qui rie de toi.]

Wenn du denkst, du denkst, dann denkst du nur, du denkst
Ein Mädchen kann das nicht
Schau mir in die Augen
Und dann schau in mein Gesicht
Wenn du denkst, du denkst, dann denkst du nur, du denkst
Du hast ein leichtes Spiel
Doch ich weiß, was ich will
Drum lach nur über mich
Denn am Ende lache ich über dich
[Quand tu penses que tu penses, alors tu penses seulement que tu penses
Une fille ne peut pas faire ça
Regarde moi dans les yeux
Et ensuite regarde mon visage
Quand tu penses que tu penses, alors tu penses seulement que tu penses
Tu as beau jeau
Mais je sais ce que je veux
Alors rie seulement de moi
Car à la fin, c’est moi qui rie de toi.]

4. Neue Männer braucht das Land

Coupe de cheveux en pétard et maquillage flash : pas de doute, nous sommes dans les années 80. Ina Deter nous offre un Schlager haut en couleurs, avec une belle référence au street art et aux slogans publicitaires. Car Ina sait ce qu’elle veut : un mec beau, gentil, qui sache y faire… et qui soit suffisamment intelligent pour accepter qu’une femme puisse être féministe. Force est de constater qu’un tel Jules n’est pas si facile à dégoter, et c’est pourquoi elle écrit sur tous les murs : Neue Männer braucht das Land [Le pays a besoin d’hommes nouveaux].

Voici un Schlager que j’affectionne tout particulièrement. Pour son humour, ses slogans improbables (« Je ne viens pas avec des ciseaux » ou encore « En cas de besoin, j’en achèterai un ») et sa revendication phare : les hommes doivent accepter de changer et ne plus avoir peur des femmes émancipées.

Neue Männer braucht das Land
Ina Deter & Band (1982)

Ich sprüh’s auf jede Häuserwand
« Ich such den schönsten Mann im Land »
Ein Zettel an das schwarze Brett
« Er muß nett sein, auch im Bett »
[Je le tague sur chaque mur de maison
« Je cherche l’homme le plus beau du pays »
Un post-it sur le tableau noir
« Il doit être gentil, aussi au lit »]

Kratze es in Birkenrinden
« Wo kann ich was Liebes finden »
Schreib ‘s in Gold auf die Altäre
« Ich komme nicht mit der Schere »
[Le grave dans l’écorce des bouleaux
« Où puis-je trouver quelque chose de doux? »
L’écris en or sur les autels
« Je ne viens pas avec des ciseaux »]

Male es auf jede U-Bahn
« Ruf mich unter 318 an »
Drucke mir Demo – Flugblätter
Mit dem Bild von dem Erretter
Und verteile sie vor Karstadt
« Hab’ die Männer noch nicht ganz satt »
Setz’ es fett in die BILD-Zeitung
« E-MAN-ZE sucht ‘ne Begleitung »
[Le peins sur chaque métro
« Appelle-moi au 318 »
M’imprime des tracks de manifs
Avec la photo du sauveur
Et les distribue devant Kartadt (ndj : magasin allemand, un peu comme les galeries Lafayette)
« Je n’en ai pas encore fini avec les hommes »
L’écris en gras dans le journal BILD
« E-MAN-CI-PEE cherche de la compagnie »]

(x4) Ich sprüh ‘s auf jede Wand
« Neue Männer braucht das Land »
[Je le tague sur chaque mur
« Le pays a besoin de nouveaux hommes »]

Laß ‘s im Werbefernseh’n laufen
« Notfalls würd’ ich einen kaufen »
Singe es von allen Bühnen
« Große Chancen haben Hünen »
[Laisse passer à la pub télévisée
« En cas de besoin, j’en achéterais un »
Le chante sur toutes les scènes
« Les géants ont toutes leurs chances »]

Trage es auf meinem T-Shirt
« Schreibt mir wer, wo, was von wem hört »
Werd’ ‘ne Neonleuchtschrift machen
« Wenn du so bist wie dein Lachen
Möchte ich dich wiedersehen
Mit dir schwimmen nach Athen
Sogar mit dir früh aufstehen
Sogar mit dir untergehen
[Le porte sur mes T-shirts
« Ecrivez-moi qui entend quoi, où, de qui »
Vais faire une écriture lumineuse au néon
« Si tu es comme ton sourire
J’aimerais bien te revoir
Nager avec toi jusqu’à Athènes
Même me lever tôt avec toi
Même sombrer avec toi]

(x8) Ich sprüh ‘s auf jede Wand
« Neue Männer braucht das Land »
[Je le tague sur chaque mur
« Le pays a besoin de nouveaux hommes »]

5. Du hast mich 1000 Mal belogen

Et depuis ?

Malheureusement, les choses ne sont plus ce qu’elles étaient… J’ai eu beau chercher, je n’ai pas réussi à trouver un Schlager féministe après les années 80 (ndj : j‘en appelle d’ailleurs à mes lectrices et lecteurs si jamais vous avez des suggestions).

Cela fait un bail que les tubes de Trude, Gitte, Juliane et Ina ont été relégués au placard, et c’est fort dommage ! Rendez-vous dans un bal folklorique en Alsace-Moselle ou de l’autre côté du Rhin, et vous aurez toutes les chances d’entendre le cultissime Du hast mich 1000 Mal belogen d’Andrea Berg.

Il faut avouer que la chanson vaut son pesant de Würtschen, mais à y regarder de plus près, on se rend compte que les paroles sont assez inquiétantes. « Tu m’a menti 1000 fois, tu m’as blessée 1000 fois, je me suis envolée si haut avec toi, mais le ciel était occupé, (…) je le referais avec toi, cette nuit ». Pour faire simple : son homme lui a fait 1000 crasses, mais la belle Andrea n’hésiterait pas une seconde pour remettre ça avec lui, cette nuit-là, tout de suite.

Plutôt inquiétant quand on sait qu’en France, la violence dans le couple continue d’entraîner la mort de plus d’une centaine de femmes chaque année (123 femmes tuées en 2016 !) et qu’en moyenne, le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui au cours d’une année sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur ancien ou actuel partenaire intime, est estimé à 225 000 – soit l’équivalent de la population de la ville de Lille.

Mais où sont les Schlager féministes d’antan ??

Du hast mich 1000 Mal belogen
Andrea Berg (2001)

Du brauchst das Gefühl, frei zu sein
Niemand, sagst Du, fängt Dich ein
Doch es war total Liebe pur
Manchmal frag ich mich, warum Du
[Tu as besoin du sentiment d’être libre
Personne, tu dis, ne te capture
Mais c’était l’amour pur
Parfois je me demande, pourquoi toi]

Du hast mich tausend mal belogen
Du hast mich tausend mal verletzt
Ich bin mit Dir so hoch geflogen
Doch der Himmel war besetzt
Du warst der Wind in meinen Flügeln
Hab so oft mit dir gelacht
Ich würd es wieder tun mit dir, heute Nacht
[Tu m’as menti mille fois
Tu m’as blessée mille fois
Je me suis envolée si haut avec toi
Mais le ciel était occupé
Tu étais le vent dans mes ailes
J’ai si souvent ri avec toi
Je le referais avec toi, cette nuit]

Suche deine Hand, such nach dir
Manchmal in der Nacht fehlst du mir
Wer nimmt mich wie Du in den Arm
Wem erzähl ich dann meinen Traum
[Je cherche ta main, je te cherche
Parfois, la nuit, tu me manques
Qui me prends comme toi dans les bras ?
A qui est-ce que je raconte mon rêve ?]

Du hast mich tausend mal belogen
Du hast mich tausend mal verletzt
Ich bin mit Dir so hoch geflogen
Doch der Himmel war besetzt
Du warst der Wind in meinen Flügeln
Hab so oft mit dir gelacht
Ich würd es wieder tun mit dir, heute Nacht
[Tu m’as menti mille fois
Tu m’as blessée mille fois
Je me suis envolée si haut avec toi
Mais le ciel était occupé
Tu étais le vent dans mes ailes
J’ai si souvent ri avec toi
Je le referais avec toi, cette nuit]

Wo bist du, wenn ich von dir träum?
Wo bist du, wenn ich heimlich wein?
[Où es-tu quand je rêve de toi ?
Où es-tu quand je pleure, chez moi, à la maison ?]

Du hast mich tausend mal belogen
Du hast mich tausend mal verletzt
Ich bin mit Dir so hoch geflogen
Doch der Himmel war besetzt
Du warst der Wind in meinen Flügeln
Hab so oft mit dir gelacht
Ich würd es wieder tun mit dir, heute Nacht
[Tu m’as menti mille fois
Tu m’as blessée mille fois
Je me suis envolée si haut avec toi
Mais le ciel était occupé
Tu étais le vent dans mes ailes
J’ai si souvent ri avec toi
Je le referais avec toi, cette nuit]

Du hast mich tausend mal belogen
Du hast mich tausend mal verletzt
Ich bin mit Dir so hoch geflogen
Doch der Himmel war besetzt
Du warst der Wind in meinen Flügeln
Hab so oft mit dir gelacht
Ich würd es wieder tun mit dir, heute Nacht.
[Tu m’as menti mille fois
Tu m’as blessée mille fois
Je me suis envolée si haut avec toi
Mais le ciel était occupé
Tu étais le vent dans mes ailes
J’ai si souvent ri avec toi
Je le referais avec toi, cette nuit]

Sur ce, je vous souhaite une gute Nacht et… Wenn du denkst du denkst, dann denkst du nur du denkst ! La la la la la la la la la la la…

* * *

*ndj : note du jardinier.

3 commentaires sur “Ohne Frauen keine Revolution.

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  1. Très bel article…eh oui, ces années là étaient – aussi – féministes! mais pas assez. Un « Woman Power » sûr de lui mais respecteux de tous et de chacun s’annonce.
    Merci pour cette lecture pleine d’humour mais néanmoins critique.

     » Si nous pouvions mettre de l’humour dans tout ce que nous accomplissons, ce serait extraordinaire parce que l’humour c’est le sens critique, c’est l’analyse profonde du caractère humain. »

    René Clément , France Culture, A voix nue, 15 septembre 1997.

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