Et partout ça mitraille cent mille vérités.

Promis, craché, juré, vérifié, officiel, certifié, mais… c’est pas vrai ! Une fois n’est pas coutume, je suis allée piocher mon accroche dans la discographie de notre Jean-Jacques national – un chanteur en or… Cela fait plus de quinze ans (déjà !) que j’écoute ses Chansons pour les pieds et son tonitruant C’est pas vrai (« Piste 8 ! » s’écrieront les adeptes). Croquée sous forme de graffiti par le dessinateur Zep, cette chanson est un cri du cœur, un coup de gueule, qui dénonce ces vérités toutes faites, braillées à tord et à travers, d’tous les côtés.

Des paroles qui prenaient déjà tout leur sens au début des années 2000, lorsque vous étiez tous fiérots de votre abonnement ADSL (une heure d’accès internet par mois), votre Windows XP (64 Mo de RAM) et votre Nokia 3310 (avec sa coque interchangeable). Qu’en est-il maintenant, dix-sept ans plus tard, à l’ère du tout numérique et de l’explosion des réseaux sociaux ? Force est de constater que JJG avait vu juste et que les paroles de C’est pas vrai sont on ne peut plus d’actualité. Aujourd’hui, ce ne sont plus les radios et hauts-parleurs mais les Facebook, Twitter, Youtube et autres Snapchat qui mitraillent désormais cent mille vérités… pas toujours vraies !

Je vous propose d’analyser ensemble ces histoires, montées de toutes pièces, propagées comme une traînée de poudre par les médias sociaux : les tristement célèbres Fake News. Cet article repose sur ma propre expérience de blogueuse en herbe et d’utilisatrice des réseaux sociaux, mais aussi sur l’excellent hors-série de ce dernier trimestre 2017 du magazine Courrier International, intitulé « L’ère de la Désinformation ».

Aujourd’hui, nous allons donc parler mensonges, carabistouilles, entourloupes, mascarades et manipulation à grande échelle.

1 – Une Fake News, c’est quoi ?

Pour faire simple, c’est un bobard version 2.0. Une information mensongère, produite et diffusée de manière délibérée sur les réseaux sociaux, conçue pour être propagée à renfort de likes et autres partages. Les Fake News jouent avec nos peurs, nos sentiments et notre indignation. C’est par réflexe que nous allons partager ces articles accrocheurs sur les réfugiés, la guerre, la paix, les abus sur les enfants… inventés de toutes pièces !

Deux raisons, vieilles comme le monde, motivent la diffusion de ces fausses vérités. La première, c’est tout simplement l’appât du gain. En effet, la publication d’articles relayant des Fake News peut devenir un véritable business, lorsque ceux-ci sont bardés de publicités accrocheuses sur lesquelles le lecteur ne pourra s’empêcher de cliquer. Après la ruée vers l’or, la débandade du clic.

Il est désormais possible pour n’importe quel individu, maîtrisant le fonctionnement d’Internet et de Facebook, de produire des Fake News en masse et d’empocher un joli pactole. C’est le cas par exemple de ce jeune diplômé américain en sciences politiques qui a créé un site internet destiné à miner la crédibilité d’Hillary Clinton lors de la récente présidentielle américaine. Un de ses articles les plus célèbres – partagé par près de 6 millions d’internautes – a révélé la découverte de faux bulletins de vote pour Hillary Clinton, confortant les dires de Donald Trump sur le prétendu trucage des élections. Un bobard monté de A à Z – étayé par l’interview d’un M. Prince, inventé spécialement pour l’occasion, et une photo d’urnes dénichée sur Google Images. Ces publications « anti-Clinton » ont permis à l’étudiant d’empocher près de 100.000 dollars de gain, grâce aux revenus publicitaires en ligne, avec lesquels il a remboursé ses prêts étudiants et payé sa voiture ainsi que son loyer (cf. Comment j’ai fait fortune en fabriquant de fausses infos – Courrier International, Janvier 2017).

Les arnaques de ce genre ne sont pas l’apanage des États-Unis. En parallèle de son métier de journaliste, un zimbabwéen, devenu maître de la désinformation, gère trois sites internet où il publie régulièrement des articles sensationnalistes ou montés de toutes pièces : du babouin gay terrorisant les villages, au pasteur exigeant des fellations dans sa congrégation. Ces publications mensongères permettent au journaliste d’empocher près de 5.000 dollars par mois, grâce aux clics sur les publicités Google et Content.ad qu’il affiche sur ses sites. Pour lui, les Fake News sont un moyen de pouvoir vivre sa passion du journalisme, qui, à elle seule, ne lui permet pas de gagner suffisamment d’argent pour vivre (cf. Zimbabwe. Le journaliste qui écrit des “fake news” pour payer de (vraies) enquêtes – Courrier International, Juillet 2017).

La deuxième raison qui explique l’explosion des Fake News, c’est qu’elles se révèlent être de redoutables instruments politiques, que ce soit pour discréditer le parti adverse, diviser la société ou attiser les tensions. En Indonésie par exemple, des Fake News circulent sur les origines des responsables politiques et le nombre de travailleurs chinois accueillis par le pays (cf. L’Indonésie est noyée dans les « fake news » – Le Monde, Février 2017). En Allemagne, les rumeurs sur les réfugiés vont bon train – affirmant par exemple que la chancelière Angela Merkel envisagerait d’accueillir 12 millions d’immigrés (cf. L’ère des fake news. “Nous pouvons faire beaucoup contre le fléau de l’intox” – Courrier International, Octobre 2017). Et la France n’est pas en reste : les Décodeurs du Monde ont  établi un annuaire des fausses informations qui récence une liste impressionnante de Fake News. Certaines pourront faire sourire : « A-t-on retrouvé un homme coincé sur une île déserte depuis 9 ans grâce à Google Earth ? » ; « Brigitte Macron est-elle née en 1943 et pas en 1953 selon Wikileaks ? » ou encore « Philippe Poutou a-t-il joué dans un film X de Jacquie et Michel ? ». D’autres font froid dans le dos, notamment celles qui colportent des propos ouvertement islamophobes : « Le don du sang comportera-t-il désormais une catégorie « sang halal » réservée aux musulmans pratiquants ? ».

2 – La vérité sur-mesure

Mais comment expliquer que l’on puisse croire de tels bobards et les partager à outrance sans se poser de questions ? La première raison tient à la nature humaine et cette fâcheuse tendance que nous avons tous à vouloir être « au courant », savoir ce que les autres ne savent pas et refuser de reconnaître notre ignorance. La seconde est symptomatique de nos sociétés modernes ultra-connectées : l’avènement de la post-vérité. Dans cette nouvelle ère médiatique, les mensonges n’ont plus vraiment d’importance ; ce qui compte, c’est la résonance émotionnelle des informations. Des Fake News cousues de fil blanc peuvent devenir crédibles lorsqu’elles correspondent à ce que les gens ont envie de croire, à la vision du monde et d’eux-mêmes que veulent renvoyer les réseaux sociaux (cf. Les risques de la société « post-vérité » – Le Monde, Janvier 2017).

Surfant sur la vague de la post-vérité, les partis populistes ont développé une nouvelle forme de manipulation, exhortant les foules à oublier la presse et les grands médias : lisez sur internet, informez-vous ailleurs ! Un « ailleurs » qui n’est autre que la propre chambre d’écho des partis populistes où les médias alternatifs ne tarissent pas d’éloges envers lesdits partis et où les lecteurs sont bombardés de nouvelles anxiogènes et de semi-vérités. Cette stratégie, terriblement efficace, a été employée à outrance pour soutenir la campagne du Brexit, voté le 23 juin 2016, et celle de Donald Trump, élu le 8 novembre 2016.

Commençons par le Brexit, premier scrutin de cette nouvelle ère de la post-vérité. Durant la campagne, le camp anti-Union européenne n’a pas hésité à employer des statistiques complètement fausses comme argument politique de poids. Les partisans du Leave ont ainsi affirmé que le Brexit permettrait de débloquer 350 millions de livres par semaine (!) au bénéfice du système de santé publique du Royaume-Uni. Après le référendum, ces millions d’économies imaginaires n’ont plus jamais été évoquées… L’audace avec laquelle les pro-Brexit ont utilisé de fausses informations à dessein mérite déjà d’être soulignée. Mais le plus terrifiant, c’est que les électeurs britanniques influencés par la campagne pro-Brexit n’ont pas crié au scandale en apprenant qu’ils avaient été trompés. Les 350 millions de livres hebdomadaires ont été oubliés avec indulgence et relégués au rang des « informations alternatives » (cf. Comment le numérique a ébranlé notre rapport à la vérité – Courrier International, Septembre 2016).

L’ascension stupéfiante de Donald Trump est le second évènement emblématique de cette nouvelle ère de la désinformation. Les Fake News sont devenues l’arme politique par excellence du nouveau président américain. Il en a usé à outrance durant sa campagne électorale – aidé par des internautes, peu scrupuleux et attirés par l’appât du gain, qui n’ont pas hésité à propager en masse des informations pour décrédibiliser le camp démocrate et Hillary Clinton (cf. « Pizzagate » : d’une rumeur en ligne aux coups de feu dans une pizzeria – Le Monde, Décembre 2016), mais aussi le gouvernement russe, passé expert dans le domaine de la cyber-manipulation (cf. Comment la Russie a interféré dans l’élection américaine de 2016 – Le Monde, Novembre 2017). Ce déluge de trumperies s’est poursuivi de plus bel après les élections et ne semble pas près de s’arrêter…

Passé maître dans l’art de la désinformation, Donald Trump a réussi la prouesse de se réapproprier le terme de Fake News – qu’il ne se prive pas d’employer à tort et à travers dans ses tweets – pour désigner les médias qui le critiquent. Le terme s’est vu dépossédé de son sens et les gens parlent désormais de Fake News pour désigner les médias qu’ils n’aiment pas ou les articles avec lesquels ils sont en désaccord. Ce sont ainsi des pans entiers de la société américaine instruite et politisée qui ont fait le choix de ne plus exiger des responsables politiques qu’ils disent la vérité, mais qu’ils confortent leur étroitesse d’opinion, leurs préférences et leurs préjugés. En un mot : des millions de citoyens américains préfèrent se mentir à eux-mêmes, plutôt que d’agir en membres responsables de la société publique. Un autre aspect terrifiant de la politique à la Trump, c’est qu’elle est entrée dans la sphère du divertissement. Ce qui importe le plus aux yeux du président américain, c’est l’audimat. Pour preuve : ce qui semble l’avoir le plus contrarié depuis son élection, c’est que Barack Obama a réuni plus de monde que lui lors de son investiture en 2009. La politique, en passe de devenir une branche du show-business ? Voilà une perspective terrifiante… (cf. Attention à l’infantilisation du citoyen – Courrier International, Novembre 2017)

3 – Alors, on débranche Internet et les réseaux sociaux ?

Ce n’est pas une si mauvaise idée quand on y réfléchit ! Mettre son portable en mode avion et cesser de faire défiler son fil d’actualités Facebook sont sans nul doute les meilleurs cadeaux de Noël que vous pouvez vous offrir ! Toutefois, je suis la première à reconnaître les évolutions positives de la révolution d’internet – ce blog en est d’ailleurs la preuve très concrète. Je suis bien heureuse de pouvoir faire la plupart de mes démarches administratives en ligne, d’accéder en un clic à des articles de journaux du monde entier et de pouvoir communiquer quasi gratuitement avec mon cousin en Australie (que je salue au passage !). Mais la révolution numérique est loin d’être rose et mérite que l’on s’arrête un instant sur le syndrome de la « likomania », ainsi que la responsabilité de chacun : les réseaux sociaux, les journalistes, les politiques et, nous autres citoyens.

3.1 – Le syndrome de la « likomania »

Google et Facebook ont très clairement un rôle de premier plan à jouer dans la lutte contre ces formes extrêmes de désinformation. Facebook pourrait par exemple exclure les pages diffamatoires de son offre publicitaire et freiner la diffusion des Fake news en mettant en place des algorithmes appropriés.

Mais le cœur du problème est ailleurs : les réseaux sociaux sont construits sur des algorithmes conçus pour nous donner ce que nous voulons voir. Très concrètement, cela signifie que votre flux d’information sur Facebook fait automatiquement remonter les nouvelles censées correspondre à ce que vous et vos amis aimez. Il en va de même pour Google où les résultats affichés ne sont pas les mêmes en fonction de la personne qui effectue la recherche. Autrement dit, Google et Facebook vous proposent une vision du monde soigneusement sélectionnée pour aller dans le sens de vos croyances et de vos convictions. Terrifiant n’est-ce pas ?

Cette spirale infernale du like, digne du 1984 de George Orwell, a plusieurs effets pervers. Tout d’abord, elle tend à nous isoler des idées que nous ne partageons pas et des informations susceptibles d’élargir notre horizon ou de réfuter les mensonges que d’autres ont relayés. Au lieu de renforcer les liens sociaux et d’informer le public, ce système crée des communautés clivées qui diffusent en un clic des mensonges qui les confortent dans leurs opinions et creusent le fossé avec ceux qui ne les partagent pas. Noyé dans un flot continu d’informations, le lecteur se repait de ces junk news, où rumeurs et mensonges se lisent aussi bien que les informations sûres et vérifiées. Même les lecteurs les plus critiques finissent par avoir du mal à distinguer les faits de la fiction lorsqu’ils sont inondés d’un flux régulier d’informations de bonne et de mauvaise qualité (cf. Trop d’infos tue l’info – Courrier International, Juin 2017). Par ailleurs, le fait que Facebook devienne pour beaucoup le point d’accès principal à l’information contraint journalistes, blogueurs et autres médias à se plier aux règles de fonctionnement et aux exigences de la plateforme. Il suffit de voir le vent de panique que provoque chez les éditeurs chaque modification de l’algorithme de Facebook susceptible de faire chuter leur nombre de pages vues (cf. Comment le numérique a ébranlé notre rapport à la vérité – Courrier International, Septembre 2016).

Face de bouc
Le syndrome de la « Likomania »

Combien de personnes m’ont soutenu mordicus que, si je voulais avoir un blog et être lue, il était impératif que j’ouvre une page Facebook ! C’est bien entendu ce que je me suis empressée de faire… Si j’ai encore du mal à voir les répercussions positives de cette page sur la fréquentation de mon blog, elle m’a néanmoins permis de découvrir la stratégie pernicieuse de Facebook qui, à renfort de popups et autres fenêtres chatoyantes, m’incite quotidiennement à « booster mes publications », « faire connaître ma page en invitant mes amis à l’aimer » ou encore « développer mon entreprise avec une promotion continue ». Je me surprends moi-même, qui étais pourtant bien loin d’être une adepte des réseaux sociaux, à titiller mes proches pour qu’ils lisent et commentent mes articles. J’essaie de prendre les choses avec du recul et de me moquer de moi-même, mais je dois avouer que ce n’est pas toujours chose facile ! Il n’y a rien de plus frustrant que de passer des heures à s’informer sur un sujet qui nous tient à cœur ; passer encore plus d’heures à synthétiser ses idées dans un article, drôle, mordant, bien comme il faut ;  de le mettre enfin en ligne, et puis… plus rien ! Pas un like, pas un partage, pas un commentaire.  Il y a bien le nombre de vues qui augmente, mais cet indicateur reste pour le moins obscur… J’ai pu discuter de ce spleen chronique du blogueur avec des amies blogueuses strasbourgeoises – que je salue au passage – qui ont elles aussi évoqué ce sentiment de frustration qui succède à l’euphorie de la mise en ligne d’un article. Parce que beaucoup de blogueurs ne cherchent ni la gloire, ni la célébrité, mais tout simplement la reconnaissance du travail fourni. Le problème, c’est qu’avec la suprématie du modèle Facebook, cette reconnaissance se résume désormais à un nombre de likes, de partages et de followers…   

3.2 – Le journalisme à l’épreuve de la post-vérité

Les journalistes sont eux aussi victimes de cette « likomania ». Aujourd’hui, ce n’est plus important qu’une information soit vraie ; l’important, c’est que les gens cliquent. Si les nouvelles technologies ont révolutionné la manière de faire du journalisme – permettant l’accès à de nouvelles sources où puiser des idées d’articles, de raconter autrement avec des technologies interactives, d’interagir et d’échanger directement avec les lecteurs – elles ont aussi dangereusement fragilisé le modèle économique des entreprises de presse. Faire du bon journalisme, c’est comme tout : cela demande du travail et de l’investissement. En un mot : cela coûte de l’argent. Mais, comment financer le travail des journalistes ? Faire payer les lecteurs ? Certes, mais il faut alors déployer des trésors de persuasion pour convaincre l’internaute de souscrire à un abonnement payant alors qu’il a été habitué à s’informer gratuitement. Avoir recours aux publicités en ligne ? Pourquoi pas… C’est une option pour laquelle optent de nombreux médias, non sans risque. Sur le site du journal le Monde, il n’est pas rare que je consulte des articles dénonçant les méfaits du sexisme ou de la congestion automobile, encadrés par ce type d’annonces racoleuses :

Annonces Le Monde
Extraits de contenus sponsorisés par « Outbrain » vus sur le site du Journal Le Monde

Le problème, c’est que la plupart des entreprises de presse sont dépassées par l’explosion du numérique et des réseaux sociaux. Partout dans le monde, les médias publient à tour de bras des articles aux titres racoleurs dans l’espoir de récupérer des miettes de revenus publicitaires. En vain : au premier trimestre 2016 pour chaque dollar dépensé aux États-Unis pour de la publicité en ligne, 85 centimes revenaient à Google et Facebook. Ainsi, Donald Trump et le Brexit sont aussi symptomatiques de l’affaiblissement des médias et de leur incapacité à poser les limites de ce qu’il est acceptable de dire. Le nivellement du paysage médiatique a libéré les propos haineux, très hostiles aux femmes et globalement à tous ceux qui ne sont pas blancs, donnant l’impression de vivre dans un monde où c’est celui qui crie le plus fort ou dit la pire des obscénités qui l’emporte. C’est justement dans ce climat hostile, qu’il est devenu crucial de parvenir à maintenir une culture journalistique forte et de réussir à développer un modèle économique capable de servir et de récompenser les médias qui font de la recherche de la vérité leur priorité (cf. Comment le numérique a ébranlé notre rapport à la vérité – Courrier International, Septembre 2016).

Prenons maintenant un peu de recul sur ces analyses, extraites du dernier hors-série de Courrier International. Pensez-vous vraiment qu’un quidam ordinaire – disons le Français moyen – va prendre le temps de décortiquer ce journal, de souligner les passages importants, de prendre des notes et d’aller chercher des informations complémentaires sur le sujet ? Je pense que l’on peut répondre en toute honnêteté que non. Parce que lire un journal, cela prend du temps et que c’est bien la chose dont tout le monde semble manquer en ce début de vingt-et-unième siècle. Lire un journal, ce n’est pas donné à tout le monde. Ces personnes sont loin d’être bêtes, mais il leur manque très souvent les clefs pour accéder à la lecture de ce type d’articles : la maîtrise d’un français écrit soutenu et complexe, l’habitude d’une lecture prolongée (certains articles font une dizaine de pages en police 9 !) ainsi que l’entraînement à décortiquer un texte touffu avec de multiples références. Alors, en toute honnêteté, je comprends que le Français lambda préfère s’informer sur Facebook ou Youtube, là où il trouvera des vidéos parlantes et des articles compréhensibles – de surcroît gratuits. Il s’agit là, à mon sens, d’un défi majeur pour les médias et la presse : cesser de faire preuve de condescendance envers les milieux populaires et réfléchir sérieusement à comment diffuser des contenus de qualité, accessibles aux personnes qui ne maîtrisent pas bien le français, possèdent un faible niveau d’instruction ou n’ont tout simplement pas l’habitude de lire. Vous constaterez vous-même qu’avec mes articles à rallonge, je suis bien loin de réaliser cet objectif…

3.3 – Pour des politiques et des citoyens plus responsables

Au-delà de la toute puissance de Google et Facebook et du retard des médias traditionnels, les Fake News en disent long sur l’affaiblissement de nos démocraties. L’ère de la désinformation est à mettre en lien avec l’effondrement de la confiance dans les institutions, amorcé par la crise financière de 2008-2009 qui a sapé la foi dans l’ordre financier mondial, ainsi qu’une défiance croissante à l’égard de la classe dirigeante. Si le Brexit et la victoire de Trump sont liés à une déferlante sans précédent de Fake News sur les réseaux sociaux, ces évènements sont aussi l’expression de la colère des électeurs qui, en s’abstenant de voter ou en votant pour les extrêmes, ont dénoncé les défaillances des institutions existantes et les comportements intolérables de nombreux responsables politiques. Car les Fake News ne sont qu’une partie de l’iceberg d’un capitalisme numérique dans lequel Facebook et Google sont tous puissants ; la publicité en ligne occupe une place centrale et les citoyens ont un pouvoir de décision très limité (Non, les fake news n’ont pas fabriqué Trump ! – Courrier International, Janvier 2017).

Les premiers à devoir se remettre en question sont les responsables politiques eux-mêmes. Je me souviens d’une discussion plutôt cocasse avec des amis où nous tentions de nous rappeler du nom de ce ministre qui n’avait pas payé ses impôts pour cause de « phobie administrative ». Il s’appelait comment déjà ? Cazeneuve ? Non, non, lui c’était le premier ministre d’Hollande ! Cahuzac ? Ah oui, oui ! L’ancien ministre du budget condamné pour fraude fiscale et blanchiment d’argent. Non attends, c’était pas de lui dont je parlais… Finalement, rien à voir : il s’agissait de Thomas Thévenoud, éphémère secrétaire d’état au commerce extérieur. Cet échange est, à mon sens, caractéristique de la vision que bon nombre de Français ont de la politique actuelle : des ministres qui défilent et dont on confond les noms ; des scandales financiers à répétitions et des gros titres, parfois tellement incroyables, que l’on pourrait croire à des Fake News. Un ministre du budget condamné pour fraude fiscale et blanchiment d’argent. On frôle le rocambolesque d’un Pizzagate…

Le dernier acteur de la lutte contre les Fake News, ce n’est autre que vous : lecteurs, lectrices, qui arrivez au bout de cet article. Il ne tient qu’à vous d’apprendre à exercer votre regard critique et de systématiquement vous poser cette question : qui a écrit cet article et pourquoi ? Croisez vos sources, renseignez-vous sur les auteurs des articles et arrêtez de ne suivre que des gens qui vous ressemblent sur les réseaux sociaux. Suspendez le mouvement de votre index avant de cliquer sur une annonce accrocheuse : avez-vous vraiment besoin de connaître le top 5 des antivirus dignes de confiance, les derniers conseils cuisine de Philippe Etchebest ou encore la solution pour enfin rester concentré au travail ? Sans doute pas… Car un clic sur une annonce, c’est une pièce versée dans le cochon-tirelire des agences publicitaires en ligne.

Sur ce, good night et joyeuses fêtes de fin d’année !

PS : n’oubliez pas de liker cet article ! héhé…

* * *

Pour aller plus loin, je vous recommande la lecture de cet article du Monde de décembre 2017 : Facebook – Voyage au coeur de la machine à fausses informations ; et, pour voir si vous avez tout suivi, vous pouvez aller répondre à ce petit quizz en 10 questions sur le site de Courrier International : Savez-vous reconnaître une Fake News ?

2 commentaires sur “Et partout ça mitraille cent mille vérités.

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  1. Bon article de fond, comme à l’habitude sur ce blog ! Toutefois, je suis un peu moins pessimiste que ce qui est écrit ici sur l’influence des fake news sur les gens.

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  2. Sujet intéressant, belle plume et solide argumentaire, tu as une âme de journaliste.
    Et pour revenir à ton article, de plus en plus de médias traditionnels (presse, JT, etc…) proposent des sites de CheckNews pour contrecarrer les fake news…,
    exemple https://liberation.checknews.fr/ . Pratique, rapide et complémentaire du haut combien nécessaire « recoupement / croisement d’information »
    PS : j’ai vu le clin d’oeil 😉

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