Pussy quoi ? Pussyhat !

Pussy quoi ? Ah, ils m’embêtent à utiliser des mots d’anglais que je ne comprends pas ! Ne cherchez plus : je vais tout vous expliquer. Décryptage du pussyhat, un bonnet rose devenu symbole de défense des droits civiques et de protestation contre le sexisme.

Un peu d’anglais pour commencer : pussy veut dire chat et, par extension, le terme de pussycat désigne une minette.

Vous avez peut-être déjà entendu parler des Pussycat dolls, littéralement les « poupées minettes ». Il s’agit d’un girl band américain de pop et de R’n’B qui a rencontré un certain succès dans les années 2000. Disons les choses clairement, les pussycat dolls n’étaient pas là pour chanter, mais pour tortiller des fesses et faire bander l’audience. Il suffit de taper pussycat dolls sur Google pour se rendre compte que ces femmes, loin d’être des chanteuses ou des danseuses, avaient tous les attributs des prostituées. Certaines ex-chanteuses commencent d’ailleurs à dénoncer les coulisses de ce groupe, qui tenait plus du « réseau de prostitution » que du gentillet girl band (The Huffington Post, Octobre 2017).

Pussycat-dolls
Les pussycat dolls

Si je vous explique cela, c’est pour que vous compreniez qu’une pussycat aux Etats-Unis n’a rien d’une minette à la Lolita française : c’est une référence explicite aux pussycat dolls, aux femmes objets et à la prostitution.

Quand un américain parle de pussy, cela peut avoir plusieurs significations :

  • « Here pussy, pussy ! Come here ! »
    Il s’agit là d’un emploi tout à fait anodin, une phrase que pourrait dire la mère Michelle qui a perdu son chat : « Minou, minou, viens ici ! ».
  • « Damn, that pussy is sweet ! »
    Le mot pussy prend ici une tout autre dimension, la phrase pouvant être traduite en français par « Wow, elle est bonne cette meuf ! ».
  • « Grab them by the pussy ! »
    Cette phrase, où le mot pussy désigne la chatte en tant que sexe féminin, signifie littéralement : « Attrape-les par la chatte ! ».

« Grab them by the pussy ! » est une phrase désormais célèbre de Donald Trump, révélée au public en octobre 2016 par The Washington Post. Donald Trump, qui a oublié de débrancher son micro, discute avec Billy Bush, un présentateur de NBC’s today :

« Je ferais bien de manger des Tics Tacs, au cas où je commence à l’embrasser. Tu vois, je suis automatiquement attiré par la beauté – je me mets à les embrasser. C’est comme un aimant. Je les embrasse, direct. Je n’attends même pas. Et quand t’es une star, elles te laissent faire. Tu peux tout faire. (« Ce que tu veux », rajoute Billy Bush en gloussant). Les attraper par la chatte. Tu peux tout faire. »

Cet enregistrement a de quoi donner la nausée. Le babillage de Donald Trump, summum de violence et de misogynie. Les gloussements ridicules de Billy Bush. Mais aussi les commentaires de certains Youtubeurs qui font froid dans le dos : « I love my president » (« J’aime mon président ») ; « God I wish I was an American so I could vote for him ! » (« Bon sang, ce que j’aimerais être américain pour pouvoir voter pour lui ! ») ; « So people are marching and rioting because Trump made a dirty joke ? » (« Donc si les gens manifestent et sortent dans la rue, c’est parce que Trump a fait une blague salace ? »).

Preuve qu’il y a tout de même une justice dans ce monde : Billy Bush a été licencié de NBC après cette fameuse conversation sexiste. Donald Trump, lui, est désormais président de la première puissance mondiale. Les youtubeurs, eux, continuent de commenter. Vous avez dit justice ?

Bref. Revenons à nos moutons, ou plutôt : nos pussys ! Si la révélation de l’enregistrement n’a pas empêché Donald Trump d’être élu, elle a suscité un tollé aux États-Unis et à travers le monde. Le lendemain de l’investiture de Trump, le 21 janvier 2017, des centaines de milliers de manifestants ont participé à la « Marche des femmes », arborant fièrement ce qui était devenu le symbole de la protestation contre les propos sexistes de Donald Trump et, plus généralement, le symbole de la défense des droits civiques : le pussyhat !

Pussyhat (chapeau de chatte) et Pussycat (poupée minette), vous voyez maintenant la subtilité du jeu de mot ? Le pussyhat, c’est un bras d’honneur à Donald Trump, un pied-de-nez au sexisme, une manière de protester et de militer pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. C’est aussi un signe de reconnaissance, un moyen de fédérer et de jeter les bases d’un futur activisme politique.

Sur ce, good night and wear your pussyhat !

* * *

Pour aller plus loin, vous pouvez aller consulter le site du pussyhat project et pourquoi pas vous lancer dans la création de votre propre pussyhat (Tuto : comment tricoter un pussyhat) ? Rien de tel que le combo des trois T pour passer un bel hiver : télé-thé-tricot !

 

 

2 commentaires sur “Pussy quoi ? Pussyhat !

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  1. Un grand merci pour cet article! J’ai appris l’origine de ce chapeau que je voyais surgir un peu partout et notamment sur les murs de Strasbourg à l’occasion du colloque sur les violences faites aux femmes organisé fin novembre. Maintenant, je sais pourquoi !

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